85 mm · Recruter25 octobre 20267 min de lecturePar la rédaction
Abandon de poste : ce que l’employeur peut faire et dans quel délai

L’abandon de poste place l’employeur devant un choix que beaucoup abordent sans méthode : attendre, licencier ou constater que le contrat est rompu. Or une absence injustifiée ne vaut jamais démission automatique, et chaque voie impose ses formalités, ses délais et ses conséquences. Une erreur de procédure se paie aux prud’hommes. Le Code du travail fixe précisément ce que l’employeur peut décider seul et ce qu’il doit laisser au salarié.
En bref
- L’employeur ne peut pas considérer seul qu’un salarié a démissionné : il doit le mettre en demeure par lettre recommandée ou remise en main propre contre décharge, en lui laissant au moins 15 jours calendaires pour justifier son absence et reprendre son poste.
- Sans reprise ni justificatif dans ce délai, le salarié est présumé démissionnaire (article L. 1237-1-1 du Code du travail) : un préavis s’applique et l’allocation chômage n’est en principe pas due.
- Un motif légitime (raisons médicales, droit de retrait, grève, instruction contraire à une réglementation, modification du contrat imposée par l’employeur) écarte la présomption.
- L’employeur peut aussi sanctionner l’absence, jusqu’au licenciement pour faute grave, avec entretien préalable et lettre de licenciement ; la procédure de présomption ne s’applique ni aux CDD ni à la période d’essai.
Qu’est-ce qu’un abandon de poste et que doit faire l’employeur dès les premiers jours ?
L’abandon de poste est une absence injustifiée du salarié à son poste de travail, notamment lorsqu’il quitte volontairement son lieu de travail ou ne s’y représente plus, selon service-public.fr. Tant que l’employeur n’a rien décidé, le contrat est suspendu : le salarié n’est pas rémunéré mais reste dans les effectifs.
La première étape consiste à vérifier que l’absence n’a pas de justification légitime : service-public.fr exclut l’abandon de poste lorsque le salarié part pour consulter un médecin, exerce son droit de retrait ou de grève, refuse une instruction contraire à une réglementation ou une modification de son contrat imposée par l’employeur.
L’employeur peut aussi choisir de ne pas mettre en demeure le salarié : le contrat reste suspendu, sans salaire. Il ne délivre alors ni attestation France Travail ni documents de fin de contrat, puisque le contrat n’est pas rompu.
Comment fonctionne la présomption de démission, étape par étape ?
La présomption de démission repose sur une mise en demeure suivie d’un silence du salarié : l’article L. 1237-1-1 du Code du travail, issu de la loi du 21 décembre 2022, présume démissionnaire le salarié qui a abandonné volontairement son poste et ne reprend pas le travail après avoir été mis en demeure, dans le délai fixé par l’employeur. Le décret n° 2023-275 du 17 avril 2023 en précise les modalités ; la procédure s’applique depuis le 19 avril 2023.
- Envoyer la mise en demeure par lettre recommandée, ou la remettre en main propre contre décharge. Un modèle de lettre existe sur le Code du travail numérique.
- Y demander au salarié de justifier son absence et de reprendre son poste avant une date limite.
- Y mentionner les conséquences d’une absence de reprise : selon le Conseil d’État (décision n° 473640 du 18 décembre 2024), le salarié doit en être informé pour que la démission puisse être présumée.
- Attendre la fin du délai. Sans reprise ni justificatif, le salarié est présumé avoir démissionné à l’expiration de ce délai.
- Établir les documents de fin de contrat : certificat de travail, solde de tout compte et attestation France Travail.
Quel délai l’employeur doit-il laisser au salarié pour reprendre son poste ?
Le délai ne peut pas être inférieur à 15 jours calendaires, c’est-à-dire week-ends et jours fériés compris, à compter de la présentation de la lettre recommandée ou de sa remise en main propre contre décharge (article R. 1237-13 du Code du travail, d’après service-public.fr).
Le point de départ est le jour de présentation de la lettre par la Poste, et non celui de son retrait : le Conseil d’État a jugé en 2024 que cela ne méconnaît pas la loi.
Ce délai est un plancher : l’employeur peut en fixer un plus long, et la date limite de reprise doit figurer dans la lettre. Comme la présentation d’un recommandé peut précéder son retrait de plusieurs jours, il est prudent de prévoir une marge et de conserver l’avis de passage ou la décharge.
Quels motifs légitimes empêchent la présomption de démission ?
Un abandon de poste justifié par un motif légitime n’est pas volontaire et n’autorise pas la présomption. Le décret du 17 avril 2023 mentionne notamment les raisons médicales, le droit de retrait, le droit de grève, le refus d’exécuter une instruction contraire à une réglementation et la modification du contrat de travail à l’initiative de l’employeur.
Selon le Code du travail numérique, la réponse du salarié détermine la suite :
| Réaction du salarié à la mise en demeure | Conséquence |
|---|---|
| Il justifie son absence par un motif légitime (un arrêt de travail, par exemple) | La procédure de présomption de démission ne doit pas être poursuivie. |
| Il reprend son poste sans justifier son absence | Le contrat se poursuit ; l’employeur peut sanctionner l’absence injustifiée. |
| Il répond qu’il ne reprendra pas son travail | Il est considéré comme démissionnaire. |
| Il ne répond pas et ne revient pas dans le délai | Il est présumé démissionnaire ; la démission prend effet à la date de reprise fixée par l’employeur. |
La procédure ne concerne ni les salariés en période d’essai ni ceux en CDD, d’après service-public.fr.
Présomption de démission ou licenciement pour faute : laquelle choisir ?
L’employeur n’est pas tenu de passer par la présomption de démission : service-public.fr indique qu’il peut aussi décider de sanctionner le salarié, et cite les absences injustifiées parmi les cas où la faute grave est souvent admise, la qualification relevant en dernier ressort du juge.
| Critère | Présomption de démission | Licenciement pour faute grave |
|---|---|---|
| Formalité de départ | Mise en demeure en recommandé ou remise en main propre contre décharge | Convocation à un entretien préalable, puis lettre de licenciement |
| Délais | 15 jours calendaires minimum pour reprendre le poste | Poursuites engagées dans les 2 mois suivant la connaissance des faits ; lettre au plus tard 1 mois après l’entretien |
| Préavis | Préavis de démission, sauf dispense | Aucun préavis |
Pour le licenciement, l’employeur peut décider d’une mise à pied conservatoire le temps de la procédure. Le salarié n’est pas obligé de se présenter à l’entretien préalable, et l’employeur peut poursuivre en son absence. Un avocat en droit du travail ou l’inspection du travail peut sécuriser les courriers avant l’envoi.
Un salarié en abandon de poste a-t-il droit au chômage ?
Non, en principe : lorsque l’employeur le considère démissionnaire, le salarié n’est pas indemnisé par France Travail, selon service-public.fr. L’Unédic rappelle qu’une démission volontaire n’ouvre pas de droit à l’assurance chômage, hors cas de démission légitime, et que l’employeur doit indiquer « démission » comme motif de rupture dans l’attestation employeur depuis le 19 avril 2023.
La situation est inverse en cas de licenciement : service-public.fr indique que le salarié licencié pour faute grave peut percevoir l’allocation d’aide au retour à l’emploi s’il remplit les conditions, notamment de période minimale de travail.
Questions fréquentes
Le salarié peut-il contester la démission présumée ?
Oui. Il peut saisir le conseil de prud’hommes, et l’affaire est portée directement devant le bureau de jugement, qui se prononce sur la nature de la rupture et ses conséquences. Le juge statue au fond dans un délai d’un mois à compter de sa saisine, selon l’article L. 1237-1-1 du Code du travail.
Que faire si le salarié revient sans justifier son absence ?
Le contrat se poursuit. L’employeur peut en revanche sanctionner l’absence injustifiée, à condition d’engager les poursuites disciplinaires dans les 2 mois à compter du jour où il a eu connaissance des faits.
Le salarié présumé démissionnaire doit-il un préavis ?
Oui, sauf si l’employeur l’en dispense ou si les deux parties conviennent d’un commun accord qu’aucun préavis ne sera effectué, d’après le Code du travail numérique. Il débute à la date limite de reprise fixée dans la mise en demeure ; sa durée dépend de la convention collective, des usages ou du contrat, la loi ne la fixant que pour quelques professions, selon le ministère du Travail.
Existe-t-il un modèle de lettre de mise en demeure ?
Oui, le Code du travail numérique en publie un, à personnaliser selon la situation. Il rappelle l’article R. 1237-13 et le délai minimal de 15 jours calendaires après la première présentation.
Un salarié présumé démissionnaire peut-il tout de même demander l’allocation chômage ?
Il peut demander le réexamen de sa situation à l’issue d’un délai de 121 jours (4 mois) après le refus des allocations, auprès de l’instance paritaire régionale de France Travail, selon l’Unédic. Cette instance peut lui attribuer des allocations à partir du 5e mois de chômage, selon ses efforts de reclassement.
Sources
Sources consultées le 24 octobre 2026, présentées sans liens cliquables.
- Service Public (DILA), « Qu’est-ce qu’un abandon de poste par un salarié dans le secteur privé ? », service-public.gouv.fr, vérifié le 6 août 2026. https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F31209
- Ministère du Travail, « La démission », travail-emploi.gouv.fr. https://travail-emploi.gouv.fr/droit-du-travail/la-rupture-du-contrat-de-travail/article/questions-reponses-presomption-de-demission-en-cas-d-abandon-de-poste
- Code du travail numérique, « Modèle de lettre : mise en demeure pour abandon de poste », code.travail.gouv.fr. https://code.travail.gouv.fr/modeles-de-courriers/modele-de-mise-en-demeure-pour-abandon-de-poste
- Code du travail numérique, « Quelles sont les conséquences d’un abandon de poste sur le contrat de travail ? », code.travail.gouv.fr, 2025. https://code.travail.gouv.fr/information/quelles-sont-les-consequences-dun-abandon-de-poste-sur-le-contrat-de-travail
- Conseil d’État, décision n° 473640 du 18 décembre 2024, conseil-etat.fr. https://www.conseil-etat.fr/fr/arianeweb/CE/decision/2024-12-18/473640
- Unédic, « Est-ce que j’ai droit aux allocations chômage en cas d’abandon de poste ? », unedic.org. https://www.unedic.org/l-assurance-chomage-et-vous/demandeur-d-emploi-ou-salarie/mes-droits-en-fonction-du-type-de-rupture-de-contrat/est-ce-que-j-ai-droit-aux-allocations-chomage-en-cas-d-abandon-de-poste
- Service Public (DILA), « Licenciement pour faute simple, grave ou lourde : quelles conséquences pour le salarié ? », service-public.gouv.fr, vérifié le 21 novembre 2025. https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F1137
- Service Public (DILA), « Procédure de licenciement d’un salarié pour motif personnel », service-public.gouv.fr, vérifié le 11 mai 2026. https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F2839
- Service Public (DILA), « Sanctions disciplinaires d’un salarié du secteur privé », service-public.gouv.fr. https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F2234



