Sommaire
En bref
- La micro-entreprise n’est pas une forme juridique mais un régime simplifié de l’entreprise individuelle. Elle ne concerne qu’une seule personne.
- Pour la période 2026-2028, le chiffre d’affaires annuel hors taxes ne doit pas dépasser 203 100 € en vente de marchandises et 83 600 € en prestations de services.
- La SARL est une société commerciale qui réunit de 2 à 100 associés, sans capital social minimum, avec une responsabilité limitée aux apports.
- Le plafond du régime micro et le seuil de franchise de TVA sont deux choses différentes. Le second est bien plus bas : 37 500 € en services, 85 000 € en vente.
- La micro convient pour tester une activité peu capitalistique. La SARL s’impose dès qu’un associé, un investissement lourd ou des charges réelles importantes entrent dans l’équation.
Micro-entreprise et SARL : de quoi parle-t-on exactement ?
La confusion démarre souvent sur le vocabulaire. La micro-entreprise ne figure nulle part dans la liste des formes juridiques. Il s’agit d’un régime fiscal et social allégé qui s’applique à une entreprise individuelle, c’est-à-dire à une personne physique qui exerce en son nom propre. Aucun statut à rédiger, aucun capital à déposer, une déclaration de chiffre d’affaires mensuelle ou trimestrielle à l’URSSAF, et l’affaire est réglée.
La SARL relève d’une logique complètement différente. C’est une société commerciale, une personne morale distincte de ses fondateurs, régie par le Code de commerce. Elle réunit au minimum deux associés et au maximum cent, personnes physiques ou personnes morales. La loi n’impose aucun capital social minimum, mais des statuts doivent être rédigés, un capital constitué, et les apports en numéraire libérés à hauteur de 20 % dès la création, le solde devant être versé dans les cinq années suivant l’immatriculation.
Cette différence de nature explique tout le reste. Un régime simplifié se choisit pour sa légèreté administrative. Une société se choisit pour ce qu’elle permet de faire à plusieurs, dans la durée, avec des moyens. Si votre projet suppose dès le départ un associé, un local ou un stock à financer, la question du plafond de chiffre d’affaires ne se pose déjà plus : mieux vaut lancer votre SARL en ligne facilement que de subir un changement de statut contraint au bout de dix-huit mois d’activité.
Jusqu’à quel chiffre d’affaires peut-on rester en micro-entreprise ?
Les seuils ont été revalorisés pour la période triennale 2026-2028. Le chiffre d’affaires annuel hors taxes ne doit pas excéder 203 100 € pour une activité de vente de marchandises, d’objets, de denrées à emporter ou de fourniture de logement, et 83 600 € pour les prestations de services relevant des BIC comme des BNC. En activité mixte, le chiffre d’affaires global reste plafonné à 203 100 €, dont 83 600 € au maximum au titre des services.
Le dépassement d’une seule année ne fait rien perdre. Le régime cesse de s’appliquer lorsque le seuil est franchi deux années civiles consécutives : dans ce cas, le basculement vers un régime réel intervient au 1er janvier de l’année suivante. Une nuance compte pour les créations en cours d’année, où les seuils sont proratisés au nombre de jours d’activité. Une activité de services démarrée le 1er avril dispose ainsi d’un plafond ramené à 62 986 € pour son premier exercice.
Le montant retenu est celui du chiffre d’affaires encaissé, pas facturé. Une facture émise en décembre et réglée en janvier bascule sur l’exercice suivant.
Pourquoi le seuil de TVA arrive-t-il avant le plafond micro ?
C’est la mauvaise surprise classique de la deuxième année. La franchise en base de TVA obéit à ses propres seuils, sans rapport avec ceux du régime micro. Ils sont fixés à 37 500 € (seuil de base) et 41 250 € (seuil majoré) pour les prestations de services, et à 85 000 € et 93 500 € pour la vente de marchandises et l’hébergement.
Un consultant qui facture 45 000 € reste donc largement sous le plafond micro de 83 600 €, mais devient redevable de la TVA. Il doit facturer 20 % de plus à ses clients, tenir une comptabilité de TVA et déposer des déclarations. Pour une clientèle de particuliers, le prix de vente augmente mécaniquement. Pour une clientèle d’entreprises, l’impact est neutre puisque la TVA est récupérable. La nature de la clientèle pèse donc lourd dans l’arbitrage.
Combien coûte réellement chaque statut ?
En micro-entreprise, les cotisations sociales se calculent directement sur le chiffre d’affaires encaissé, sans déduction de charges. Les taux applicables en 2026 sont de 12,3 % pour la vente, 21,2 % pour les prestations de services BIC, 23,2 % pour les professions libérales affiliées à la CIPAV et 25,6 % pour les activités BNC hors CIPAV, ce dernier taux ayant augmenté d’un point au 1er janvier 2026.
Côté fiscal, l’administration applique un abattement forfaitaire censé représenter les frais professionnels : 71 % pour l’achat-revente, 50 % pour les services BIC, 34 % pour les BNC. Le solde s’ajoute aux revenus du foyer et suit le barème progressif. Aucune charge réelle n’est déductible, ni le matériel, ni le loyer, ni les déplacements.
La SARL fonctionne sur les bénéfices réels. Elle relève par défaut de l’impôt sur les sociétés, au taux normal de 25 %, avec un taux réduit de 15 % sur la part de bénéfice allant jusqu’à 42 500 € lorsque le chiffre d’affaires reste inférieur à 10 millions d’euros et que le capital est détenu à 75 % au moins par des personnes physiques. Tout ce qui est engagé pour l’activité vient en déduction. Le gérant majoritaire relève du statut de travailleur non salarié : ses cotisations sont assises sur sa rémunération réelle, mais des cotisations minimales restent dues même en l’absence de rémunération. Le gérant minoritaire ou égalitaire, lui, dépend du régime général en tant qu’assimilé salarié et ne paie rien s’il ne se rémunère pas.
Un point à connaître avant d’arbitrer entre salaire et dividendes : la fraction de dividendes qui dépasse 10 % du capital social est soumise aux cotisations sociales des indépendants. Et depuis le 1er janvier 2026, le prélèvement forfaitaire unique atteint 31,4 %, contre 30 % auparavant, sous l’effet de la hausse de la CSG votée en loi de financement de la Sécurité sociale.
Peut-on s’associer en micro-entreprise ?
Non. L’entreprise individuelle ne connaît qu’un seul entrepreneur, ce qui ferme la porte à toute association. Deux personnes qui veulent démarrer ensemble n’ont pas le choix : elles doivent créer une société. Il reste possible de créer une EURL, la version à associé unique de la SARL, puis d’ouvrir le capital plus tard par simple cession ou augmentation de capital, sans changer de forme juridique.
Quel statut protège le mieux le patrimoine personnel ?
Depuis le 15 mai 2022, l’entrepreneur individuel bénéficie d’une séparation automatique entre patrimoine professionnel et patrimoine personnel, sans déclaration d’affectation préalable. Les créanciers professionnels ne peuvent en principe saisir que les biens utiles à l’activité. Le micro-entrepreneur profite de cette protection.
La SARL va plus loin en interposant une personne morale : la responsabilité des associés est limitée au montant de leurs apports. Cette limite connaît toutefois des exceptions notables. Le gérant peut voir sa responsabilité engagée au-delà des apports en cas de faute de gestion, par exemple s’il déclare tardivement la cessation des paiements. Et les banques exigent fréquemment une caution personnelle du dirigeant pour accorder un financement, ce qui neutralise en pratique une partie de la protection.
Quand faut-il basculer de la micro vers la SARL ?
Quatre signaux méritent d’être surveillés. Le premier est le franchissement du plafond deux années de suite, qui rend la sortie obligatoire. Le deuxième est le décrochage entre charges réelles et abattement forfaitaire : dès que les dépenses professionnelles dépassent 34 %, 50 % ou 71 % du chiffre d’affaires selon l’activité, le régime micro fait payer des cotisations et de l’impôt sur des sommes jamais encaissées en net.
Le troisième est l’arrivée d’un associé, qui rend le changement mécanique. Le quatrième tient à la crédibilité commerciale et bancaire : certains donneurs d’ordres, notamment dans le BTP ou les marchés publics, se montrent réticents face à une micro-entreprise, et les banques financent plus volontiers une société qui présente des comptes annuels.
Le passage n’a rien d’irréversible ni de dramatique. Il se prépare simplement, idéalement avec un expert-comptable, en anticipant l’exercice de transition.
Questions fréquentes
Peut-on cumuler une micro-entreprise et une SARL ?
Oui. Rien n’interdit d’être micro-entrepreneur pour une activité et gérant ou associé d’une SARL pour une autre. Les deux régimes sociaux se cumulent alors, avec des règles d’affiliation à vérifier au cas par cas.
La SARL coûte-t-elle cher à créer ?
Les frais incompressibles se limitent à la publication de l’annonce légale et aux frais de greffe. Aucun capital minimum n’est exigé, même si un capital symbolique d’un euro nuit à la crédibilité auprès des banques et réduit la part de dividendes exonérée de cotisations sociales pour un gérant majoritaire.
Faut-il un expert-comptable en SARL ?
Ce n’est pas une obligation légale, mais la tenue d’une comptabilité d’engagement, l’établissement des comptes annuels et la liasse fiscale rendent l’accompagnement difficile à éviter en pratique. En micro-entreprise, un simple livre des recettes suffit.
Que se passe-t-il si je dépasse le plafond une seule année ?
Rien. Le régime micro continue de s’appliquer l’année suivante. La sortie n’intervient qu’après deux dépassements consécutifs.
La SARL permet-elle de cotiser au chômage ?
Le gérant majoritaire ne cotise pas à l’assurance chômage au titre de son mandat. Le gérant minoritaire peut y prétendre uniquement s’il cumule son mandat avec un contrat de travail portant sur des fonctions techniques distinctes, effectivement exercées et rémunérées, dans un lien de subordination réel.